mercredi 21 septembre 2016

ECHANGE OU ECHANGISME ?...

Je sais bien que l'orthographe n'est plus trop à la mode, mais quand même, force est de constater qu'il y a des fautes qu'il vaudrait mieux éviter car elles peuvent être lourdes de (contre)sens :

vendredi 16 septembre 2016

LA BALADE DES ATELIERS 2016...

Avec Yves Privé, nous présenterons nos Arbres Complémentaires (ainsi que ses propres oeuvres) à la Balade des Ateliers, à Chantenay (Nantes) du 23 au 24 septembre 2016.
 
Tous les détails ICI.

samedi 10 septembre 2016

HOMMES EN SOUFFRANCE, QUESTIONS, RÉPONSES, SUITE ET FIN...

Entretien, suite et fin.

Pierre Martin : Pour en revenir à votre livre, si j’avais un seul réel « reproche » à vous adresser, ce serait celui-ci : il me semble que vous faites à peu près le tour du problème, mais que, dans ce tour d’horizon, il y a tel ou tel point que vous évoquez un peu trop vite. J’imagine que vous aviez des contraintes éditoriales qui vous ont forcé à ne pas vous étendre trop sur chaque point abordé ?

Stéphane Beau : Vous êtes moins sévère que moi avec mon livre car je lui vois pour ma part pas mal de défauts. Il a été écrit trop vite, de manière trop réactive. Mon esprit polémique a trop souvent pris le dessus sur mon souhait de demeurer critique (au sens positif et éclairé du terme).
Je considère, pour citer un exemple, que je suis trop régulièrement tombé dans le piège de l’opposition entre hommes et femmes dans mon exposé. Ce piège, comme je l’ai détaillé plus haut, nous est tendu par les féministes qui ont tout intérêt à ce que nous ne sortions pas de la lecture binaire qu’ils s’efforcent d’imposer. Défendre la cause des hommes, c’est prendre le risque, souvent, en creux, de laisser supposer qu’on refuse de défendre celle des femmes, ce qui n’est bien sûr pas le cas. Il faudrait pouvoir redire les choses sans avoir à évoquer les sexes, parler des humains, tout simplement. Mais ce « tout simplement » est d’une extrême complexité !
Quant au survol trop rapide de nombreux points, je ne peux que vous donner raison. Je n’avais pourtant pas de contraintes éditoriales précises. C’est juste que mon projet ne visait pas à l’exhaustivité, comme je l’ai signalé plus haut. Je désirais plutôt, d’une certaine manière, tirer une sonnette d’alarme, inviter à la réflexion, proposer des pistes de débats sans prétendre apporter moi-même toutes les réponses. Je souhaitais pointer du doigt les incohérences du discours féministe actuellement dominant, alerter les lecteurs sur le fait qu’on ne pourra jamais aboutir à une relation pacifiée entre hommes et femmes en laissant les premiers sur la touche. Ce livre n’avait pas pour but d’apporter une connaissance définitive sur le sujet : je l’imaginais plus comme une introduction, une préface, aux réflexions à venir. D’où cette impression de « tour d’horizon » probablement un peu frustrant.
Le rapport des sexes, la place des hommes et des femmes dans la société, les stéréotypes sociaux et idéologiques, tous ces sujets sont, de toute manière, trop vastes pour être circonscrits dans un seul volume. Ces thèmes sont vivants, mouvants, ils réclament une pensée dynamique, en perpétuelle déconstruction et reconstruction. Ce sont d’ailleurs ces réflexions que j’ai essayé de prolonger sur mon blog avec des articles et des comptes rendus de lectures sur la question du féminisme et des rapports hommes femmes, textes qui viennent compléter, prolonger, voire amender les cogitations que j’ai ébauchées dans mon livre. Je ne peux que vous inviter à aller les lire si ce n’est pas déjà fait. Mais il reste encore beaucoup à dire et l’actualité nous ouvre tous les jours de nouveaux sillons à creuser : affaire Catherine Sauvage, étonnante prise de position de certaines féministes pour le burkini, campagne contre le sexisme qui mélange une fois de plus les torchons et les serviettes, etc.

Pierre Martin : Parmi les points insuffisamment approfondis, je retiendrais l’asymétrie du désir sexuel entre Hommes et Femmes, qui n’est certes pas la clé unique de tout le reste, mais qui me semble quand même jouer dans la vie la plus quotidienne un rôle absolument crucial et à la lettre déterminant. En d’autres termes, le fait qu’en règle générale, dans les relations entre hommes et femmes, il arrive incomparablement plus souvent à un homme d’avoir envie d’une femme qui n’a pas envie de lui qu’il n’arrive à une femme d’avoir envie d’un homme qui n’a aucune envie d’elle, ce fait, donc, induit des conséquences absolument colossales dans les rapports de force entre hommes et femmes au quotidien. Pour le dire autrement, donc, je trouve que le décalage immense de séduction physique entre hommes et femmes en faveur des femmes, et les conséquences immenses de ce décalage, ne sont pas du tout suffisamment évoquées : la place du Beau dans les rapports entre hommes et femmes est hélas à l’évidence beaucoup plus primordiale qu’on ne veut bien l’admettre, y compris et peut-être même désormais surtout dans le regard que les femmes portent sur les hommes.

Stéphane Beau : La question de la sexualité est déjà, en soi, un thème transversal d’une complexité phénoménale qui peut être appréhendé selon un nombre infini de points de vue : biologique, philosophique, moral, politique, culturel, religieux, psychanalytique, poétique, pornographique, artistique, anatomique… Nos sociétés ne sont pas à l’aise avec cela. J’en prends pour simple illustration ce fait qui m’a toujours étonné : si un film présente des scènes de sexe, même sous une forme très gentillette, sans aucune violence ni vulgarité, il sera systématiquement interdit aux moins de 16 ans. Alors qu’un film mettant en scène un nombre incalculable de meurtres, de violences, de scènes sanglantes, de gros mots, de sentiments pervers, sadiques, inhumains sera seulement interdit aux moins de 12 ans. Ce qui démontre bien à mon sens l’ambivalence qui est la nôtre vis-à-vis du sexe et de la violence. Alors forcément, quand on ajoute à cette problématique celle du rapport hommes/femmes, on ajoute de la complexité à de la complexité et on ne peut que s’éloigner toujours plus de cette simplicité binaire à laquelle aspirent les féministes.
C’est un fait que, dans mes Hommes en souffrance, mon propos s’est surtout limité à mettre en évidence les absurdités de cette simplification binaire en montrant à quel point, aujourd’hui, dans le discours féministe, on oppose bêtement la sexualité masculine, forcément agressive, dégradante, plus ou moins pathologique, à la sexualité féminine, délicate, pure, sensuelle, saine... L’idée étant de signaler aux féministes, toujours soucieux de faire la chasse aux stéréotypes, que là, pour le coup, il y en a un beau, à côté duquel ils passent tous.
J’avoue que je n’ai pas assez réfléchi en détail sur cette question de la sexualité pour pouvoir vous proposer ici une réponse digne de ce nom. Mais faute d’apporter des réponses, au moins puis-je mettre en avant deux ou trois faits qui m’interrogent.
Par exemple la place ambiguë de la notion de « nature » dans la pensée féministe. Dans leur souci de détacher la femme de la maternité et d’un certain nombre de tâches domestiques ou liées à ce qu’on regroupe sous le terme de « care », les féministes s’efforcent, depuis quelques années, de nous expliquer, notamment au travers de la théorie du « genre », que tout est social et que le principe de base de ce « social », c’est la domination masculine.
La sexualité a bien entendu été relue selon cet angle de vue : elle est alors définie comme exprimant la volonté de l’homme (le prédateur), d’affirmer son autorité sur la femme. Et pour cela, tous les moyens lui sont bons : le viol, l’emprise, la burqa, la pornographie, le harcèlement de rue… Dans ce discours, la femme est généralement représentée sous la forme d’une proie qui n’a aucune part de responsabilité ni de liberté dans ce qui advient d’elle. Notons au passage que ce n’est pas par hasard que j’emploie les termes de « prédateur » et de « proie » car on voit bien que, malgré l’envie affichée par les féministes de nier les principes naturels, il leur est difficile de s’extraire totalement de sa symbolique.
Interroger la manière dont les femmes s’habillent, la manière dont elles vivent leur sexualité, leurs besoins, leurs désirs, les jeux de séduction qu’elles peuvent mettre en œuvre, les signaux qu’elles renvoient aux hommes et ceux qu’elles attendent en retour de ces derniers, ce sont là des questions qu’il ne faut surtout pas poser. Si on a le malheur de le faire, la sanction est immédiate : « de quel droit, vil phallocrate, osez-vous vous mêler de ce que ressentent les femmes, de la manière dont elles se vêtent, se maquillent ? Comment pouvez-vous laisser sous-entendre que si les femmes sont victimes de viols ou de harcèlement, c’est parce qu’elles l’ont cherché ? » Et le débat est automatiquement clos. Ce qui est dommage car c’est justement à partir de là qu’il devrait s’ouvrir. Car tout ce que nous renvoyons comme images, comme couleurs, comme signaux olfactifs, décoratifs, mouvements, fait sens. Et le propre du sens est d’être interrogé.
Quand je vois dans la rue de nos villes, les jours d’été, des jeunes filles se promener les jambes à l’air jusqu’aux fesses, le ventre à l’air, les épaules à l’air, maquillées à l’extrême, quand j’en croise d’autres perchées sur des talons interminables, exhibant leurs tatouages et leurs décolletés, quand j’en aperçois d’autres, au contraire, cachées sous leurs voiles foncés, les mains gantées, je ne peux pas m’empêcher de me demander quel sens il y a derrière tout cela. Idem quand j’observe les vêtements des hommes et que je constate qu’à quelques rares variantes près (variantes essentiellement liées aux saisons et à la température ambiante), ils dévoilent toujours les mêmes parties du corps. Je me dis alors qu’avant de condamner le sexisme ambiant des hommes à l’égard des femmes, il serait peut-être plus intelligent d’interroger tous ces hommes et ces femmes sur le sens qu’ils donnent à ces signes qu’ils se renvoient mutuellement, consciemment ou non, sur le sens des informations qu’ils perçoivent, et sur la manière dont ils les interprètent. On en revient toujours au même : au lieu de juger et de condamner, interrogeons-nous prioritairement sur le sens, nous aurons plus de chance d’avancer vers une conclusion… sensée !
Emportés par leur haine de la nature, les féministes oublient par exemple (ou désirent oublier) qu’avant des d’être des humains, nous sommes des animaux, qu’il n’y a pas de honte à cela, et que la majorité des comportements et des attitudes des êtres civilisés que nous croyons être garde encore les traces de cette animalité. Et s’il y a bien un sujet qui est en lien direct avec cette animalité, c’est la sexualité. Konrad Lorenz, dont je suis un fervent lecteur (et je ne peux qu’inviter les lecteurs qui ne l’auraient pas encore fait à se pencher sur ses écrits (L’agression, une histoire naturelle du mal notamment) montre très bien dans ses études à quel point tout ce que les hommes et les femmes mettent en œuvre dans la séduction, dans la parade amoureuse, dans l’expression et la satisfaction de leurs désirs, dans la violence et la puissance pulsionnelle qui sous-tend tout cela, n’a rien de social à proprement parler. Certes la société, par le biais de rituels, de tabous, d’inhibitions a remodelé tout cela après coup. Certes la culture (dont les religions font partie) a ensuite rhabillé cette animalité pour lui donner diverses formes allant des modèles les plus contraints aux amours les plus libres. Mais aucun de ces rhabillages, aucun de ces remodelages n’a pu totalement effacer les racines animales de la sexualité humaine et de tout ce qui s’y en découle : conjugalité, paternité, agressivité…
Bien sûr qu’on peut les nier ces racines, faire comme si elles n’existaient pas, mais je reste convaincu que tant que l’on ne sera pas capable pour l’humain d’admettre ce que nous tenons pour être des évidences pour le cheval, le chien le lapin ou la perruche, nous aurons beaucoup de mal à progresser sérieusement dans la compréhension des rapports hommes femmes.
Prenons l’exemple des violences conjugales que les féministes conçoivent comme étant un fait social se traduisant par la volonté affirmée des hommes de dominer les femmes. Konrad Lorenz apporte sur ce point un éclairage très différent en rappelant que la violence fait partie intégrante du rapport amoureux dans la grande majorité des espèces. Ce qui peut la limiter, ce sont justement les rites, les tabous, les inhibitions que ces espèces ont pu développer, soit naturellement, soit par le truchement de la culture. Ces inhibitions sont la plupart du temps rendues possibles par le fait que des différences visibles ou perceptibles existent entre les individus et les groupes d’individus (les jeunes, les vieux, les mâles, les femelles). Il serait de ce fait légitime, aujourd’hui, compte tenu de l’évolution de nos sociétés de se demander si l’indifférenciation qui est à la mode sous motif d’égalité (il n’y a plus de jeunes, de vieux, d’hommes, de femmes, de père, de mère, tout le monde s’habille de la même manière, pratique les mêmes activités, développe les mêmes goûts, les mêmes idées), en faussant les repères des logiques d’inhibitions, ne génère pas plus de violence qu’elle n’en évite ? Voilà un vrai sujet de débat à mon sens, mais il faudra sans doute beaucoup de temps avant que les féministes acceptent de l’envisager comme tel.

Pierre Martin : Un autre regret : je trouve que vous évoquez beaucoup, beaucoup trop vite ce scandale qu’est le décalage entre le nombre de suicides masculins et le nombre de suicides féminins. Car le suicide n’est évidemment pas une statistique lambda : il est par définition même la photographie synthétisant le « mieux » la désespérance globale de la catégorie concernée, et a donc forcément une valeur en quelque sorte « prioritaire » et « englobante » car il implique nécessairement, dans son sillage, d’autres points sur lesquels la catégorie de population concernée est défavorisée. Que dirait-on donc si les femmes étaient trois fois plus nombreuses que les hommes à se suicider ? On ne parlerait que de ça dans les médias à longueur de journée !

Stéphane Beau : Cette problématique du suicide, en effet, est assez symptomatique des incohérences qui parasitent aujourd’hui le discours supposé humaniste et égalitaire des féministes. Car on voit bien que pour ces derniers, si les hommes et les femmes sont censés être égaux, leur mort ne l’est pas encore. Ainsi, la banalisation de la mort de l’homme reste la norme alors que celle de la femme est de plus en plus souvent présentée comme étant un drame inadmissible. Le fait que les hommes soient majoritaires à mourir de morts violentes ou de suicides, que leur espérance de vie demeure plus courte que celle des femmes n’émeut effectivement pas grand monde, comme s’il s’agissait là de constats logiques : les hommes sont violents, même entre eux, ils se mettent en danger, ne prennent pas soin d’eux : il est normal que leurs morts soient plus brutales que celles des femmes.
Je note ainsi assez régulièrement à ce sujet, que lorsque dans les médias les décès liés aux violences conjugales sont évoqués, ceux des hommes ne sont quasiment jamais cités ou, quand ils le sont, c’est en général pour préciser qu’ils étaient eux-mêmes violents. Autrement dit : ils l’ont un peu cherché, quand même, non ?
On évoque également parfois les hommes qui se sont suicidés (ou ont tenté de le faire) après avoir tué leur conjointe. Mais là encore, le ton est rarement empathique. Comme si ces suicides n’étaient rien d’autre que la confirmation de la folie furieuse des intéressés. Les discours officiels sur le suicide en général sont pourtant habituellement plus compréhensifs. Baladez-vous sur n’importe quel site de prévention du suicide et vous tomberez à chaque fois des discours déplorant « cette souffrance parfois indicible, ces maux qui ne trouvent pas de mots ou encore cette douleur qui devient à ce point insupportable qu'on crie son envie de mourir comme une ultime tentative de solution pour enfin cesser d'avoir mal. La personne suicidaire ne veut pas mourir. Ce qu'elle veut c'est arrêter de souffrir. Le suicide intervient alors au bout d'une longue chaîne de tentatives pour trouver une issue à cette souffrance » (exemple pioché au hasard, sur un site belge). S’il en est ainsi, qu’est-ce qui nous empêche de nous interroger sur cette « longue chaîne de tentatives pour trouver une issue » qui peut pousser un homme à tuer sa femme et parfois ses enfants avant de se tuer lui-même ? La presse aime bien parler de « forcené » dans ces cas-là. C’est plus simple en effet que de s’interroger sur la réalité de l’offre d’écoute qui est actuellement proposée dans notre pays aux hommes en souffrance.
Par contre, quand il s’agit de rappeler que les femmes victimes de violences conjugales se suicident cinq fois plus que la moyenne des femmes, les féministes retrouvent comme par magie tout leur potentiel d’empathie. C’est dommage, car je reste intimement convaincu que le fait de mieux entendre les souffrances des hommes et de les aider à trouver des issues à ces souffrances, permettrait de faire baisser le nombre des violences conjugales de manière bien plus importante que n’importe quelle campagne publicitaire contre le harcèlement ou le sexisme. Peut-être que je me trompe, mais pour le savoir, il faudrait essayer. Seulement, en l’état actuel des choses, les propositions allant dans ce sens restent très minoritaires et elles sont souvent systématiquement décriées par les féministes (groupe de paroles de pères par exemple).
Cette banalisation de la mort de l’homme se constate donc assez souvent (à condition d’avoir envie d’y prendre garde). On a pu le remarquer encore dernièrement lors de l’affaire Catherine Sauvage. Le fait que cette femme ait tué son mari n’a ainsi posé aucun problème aux féministes qui ont pris sa défense. Limite même si elles ne l’ont pas approuvé. Ce salaud-là, quand même, on ne va pas le plaindre ! Le plaindre, non, peut-être pas. Mais il y a quand même eu meurtre dans un contexte qui ne correspond pas à ce qui peut relève normalement du registre de la légitime défense. Alors que convient-il de faire ? Faut-il revoir ou élargir le principe de la légitime défense ? Peut-être, c’est sans doute un débat qui mérite d’être posé. Mais peut-on banaliser le meurtre d’un homme sous prétexte qu’il était violent ? Et où plaçons-nous le curseur ? Qui peut nous garantir que la grâce présidentielle accordée à Catherine Sauvage ne sera pas la première étape d’un permis de tuer délivrer aux femmes, indépendamment de toute question de légitime défense, dès qu’elles s’estimeront « sous emprise » ou en danger ? Le meurtre d’un homme (ou d’une femme) est toujours un acte grave et la banalisation de la mort marque toujours le premier pas vers la barbarie.

En parlant de barbarie et pour rester poursuivre dans cette idée de banalisation de la mort de l’homme, je suis régulièrement épaté d’entendre féministes convaincus d’être progressistes et généreux, quand ils retracent l’histoire de l’émancipation des femmes, nous expliquer, avec des trémolos dans la voix, que la Première guerre mondiale a été un moment fondateur qui a permis aux femmes d’accéder massivement au salariat. En oubliant généralement de préciser que cette émancipation s’est faite au prix fort : la mort de millions d’hommes qui, en plus d’avoir été tués pour beaucoup par les balles et les obus fabriqués par ces consciencieuses nouvelles ouvrières, auraient sans doute été flattés d’apprendre qu’ils œuvraient ainsi, en rendant l’âme brutalement, au rude combat de l’égalité des sexes !

jeudi 8 septembre 2016

HOMMES EN SOUFFRANCE, QUESTIONS, RÉPONSES...

Pierre Martin a lu mes Hommes en souffrance et sa lecture lui a suggéré quelques questions. Ci-dessous, la première partie de nos échanges.


Pierre Martin : J’ai lu votre ouvrage intitulé Hommes en souffrance, et les mots me manquent pour vous dire l’étendue de l’admiration que ce maître-livre m’a inspirée. On sent en effet vibrer tout au long de ce livre une perception des choses extrêmement fine, personnelle et courageuse. Les mots me manquent aussi pour vous dire combien je suis scandalisé – et désespéré – que cet ouvrage ait reçu (sauf erreur ?) un accueil très éloigné de celui qu’il aurait mérité : c’est en effet par un pur hasard, au gré d’une navigation sur Internet, que j’ai eu connaissance de son existence, plus d’un an après sa parution ! Aucun compte-rendu dans les médias culturels comme par exemple Le Nouvel Observateur, me semble-t-il. Comment votre livre a été accueilli en dehors de la sphère médiatique mainstream ?

Stéphane Beau : Vous avez raison : mon livre n’a connu qu’un succès très limité en termes de ventes. Les médias locaux en ont un peu parlé (radios, presse régionale, une douzaine d’articles et de chroniques au total) mais sur le plan national, seuls le magazine Causeur et une revue liée au travail social, Lien social l’ont mentionné. Je pense qu’il y a plusieurs explications à cela.
La première est très pragmatiquement liée à la réalité du marché du livre en France. D’une manière générale, il est très difficile de faire émerger un ouvrage de la masse de ce qui paraît quotidiennement, surtout si on n’est pas soi-même déjà intégré dans des réseaux officiels et influents. Les médias, les libraires et autres intermédiaires de la culture et des idées sont assez moutonniers et ont tendance à ne mettre en avant que ce qui leur a été présenté comme devant l’être. Il y a peu de curiosité dans ce petit monde.
La seconde est sans doute plus profonde, et plus inquiétante. J’ai le sentiment que mon livre porte une voix que la société n’a pas envie d’entendre. Nos contemporains ont besoins de choses simples, basiques, binaires : il faut que le réel soit blanc ou noir, bon ou mauvais, riche ou pauvre, juste ou injuste, vrai ou faux… L’idéologie féministe épouse parfaitement ce mode de pensée et c’est probablement pour cela qu’elle s’est développée avec autant de facilité et a assuré son emprise avec une telle force sur l’intelligence contemporaine. En distribuant les bons et les mauvais rôles, la pensée féministe offre au fond un cadre conceptuel dans lequel tout le monde est englobé, englué, même ses adversaires : les  hommes ne disposent en effet dans ce système que de deux options : soit s’appliquer à être de« gentils garçons solidaires de la cause des femmes » pour se faire bien voir, soit au contraire jouer les « vilains machos qui souhaitent conserver les acquis de la domination » et faire de la résistance. Dans les deux cas, néanmoins, on reste dans le cadre binaire de l’idéologie féministe : d’un côté les gentils, de l’autre les méchants.
Toute la difficulté étant de sortir de ce dualisme réducteur. Difficulté accentuée par le fait que, sur le plan politique, à droite comme à gauche, personne n’a réellement intérêt à contester cette idéologie. Le modèle libéral et capitaliste en effet s’accommode très bien du discours féministe qui, malgré ses présupposés d’émancipation, reste finalement très respectueux du système en place : le CAC40, les entreprises, le pouvoir, l’argent, la domination… Ce que les féministes reprochent essentiellement à tout cela, c’est que les femmes n’en profitent pas assez. Le rejet de l’économie domestique (forcément aliénante) au profit du salariat même très précaire et violent (mais forcément émancipateur) est un mot d’ordre qui convient très bien aux patrons.
À gauche (au sens large du terme) on ferme les yeux sur ce cousinage de mauvais goût entre féminisme et capitalisme et on préfère garder le regard fixé sur une grande et noble idée – l’égalité – et continuer de s'appuyer un mode de pensée traditionnellement binaire, lui aussi, opposant aliénants et aliénés – communisme vs capitalisme, patrons vs ouvriers, bourgeois vs peuple. C'est pour cela que, de ce qôté-là de l'échiquier politique on défend habituellement le féminisme, bec et ongle, sans se poser de questions.
Certes, parfois tout ce petit monde se frictionne un peu, sur la question du mariage pour tous par exemple, ou sur celle de la théorie du genre, mais contrairement à ce que l’on pourrait penser, ces affrontements ne sortent pas du modèle dichotomique établi par l’idéologie féministe, avec d’un côté les partisans d’une certaine modernité et de l’autres les tenants de la réaction. 
Comment sortir de cela ? En proposant une autre voie, une autre voix : celle que j’ai essayé de faire entendre dans mon livre : la voix de la raison, du débat. En posant comme postulat que rien de ce qui se joue dans la question du rapport des sexes ne peut être résolu simplement, de manière binaire. En expliquant que ce sont là des sujets complexes, très complexes, où s’entremêlent plein de paramètres, historiques, sociologiques, naturels… Seulement, comme je le disais au début de mon explication, cette voix-là n’a plus d’espace pour se développer réellement dans le monde actuel où toute vérité doit pouvoir être formulée en un nombre minimum de signes et de mots.

Pierre Martin : Avez-vous reçu beaucoup de réactions de lecteurs, analogues par exemple au présent courrier, et, si oui, ces réactions vous semblent-elles refléter globalement une réelle prise de conscience de la justesse profonde de votre propos ? J’insiste d’autant plus sur cette question que vous-même, à la fin de votre livre, semblez appréhender des réactions primaires, des accusations de misogynie et autres stupidités : fut-ce effectivement le cas, et, si oui, fut-ce dans des proportions élevées ?

Stéphane Beau : Malgré la faible publicité qui a été faite autour de mes Hommes en souffrance, j’ai quand même pu bénéficier d’un certain nombre de retours de lecteurs. On peut séparer ces réactions en trois catégories.
La première concerne des pères qui mènent un combat long, compliqué et douloureux pour faire valoir leurs droits auprès de leurs enfants. Ils sont globalement tous dans une logique de dénonciation des injustices dont ils sont victimes et plutôt dans une optique de réparation personnelle. Mes propos leur parlent car ils viennent faire échos à leurs propres cheminements et constats : oui les hommes souffrent, oui ils peuvent aussi être des victimes. J’ai pu mesurer encore plus à quel point ces pères se retrouvent enfermés dans un système qui est parfaitement organisé pour les rendre fous : plus ils expriment leur souffrance et leur colère et plus ils sont pointés du doigt comme étant de vils mâles dominants uniquement soucieux de faire valoir leur emprise sur les femmes. Ce qui augmente bien sûr leurs sentiments de souffrance et d’injustice et, partant de là, leur colère… Spirale infernale qui les pousse en général à commettre au final des actes qui achèvent de les discréditer : violences sur leurs ex-conjointes, comportements s’apparentant à du harcèlement, enlèvements d’enfants, dépressions, alcoolisation excessive, suicide… la boucle est alors bouclée, le système peut confirmer le verdict : ces types-là sont vraiment de sales machos et s’ils souffrent, c’est bien fait pour eux.
La deuxième catégorie de lecteurs regroupe des hommes et des femmes qui, même si bien souvent ils ont du mal à remettre véritablement en cause le formatage de l’idéologie féministe dominante, sont bien obligés de constater, dans ce qu’ils voient au quotidien autour d’eux, que la réalité n’est pas aussi simple et binaire. Ces lecteurs commencent en général par rappeler leur allégeance aux slogans féministes (une femme meurt tous les trois jours, le partage des tâches ménagères, le plafond de verre…) pour bien prouver qu’ils ne sont pas de méchants réactionnaires, mais ils peuvent malgré tout admettre que certains points méritent d'être débattus. C’est avec ces lecteurs-là que j’ai pu avoir les échanges les plus riches. Je pense notamment à un homme qui est intervenu sur mon blog à plusieurs reprises, au départ plutôt pour me reprocher mon hostilité supposée à l’égard des femmes. Avec le temps, il a pu clairement constater que non seulement je ne nourrissais aucunement ce type d’hostilité, mais qu’avec moi le débat était très nettement plus libre, ouvert et respectueux, que sur la plupart des sites défendant les idées féministes qu’il avait pu fréquenter, notamment un, d’où il s’est fait éjecter dès qu’il avait osé poser une question pas parfaitement orthodoxe. Il y a là, je crois un public à toucher car pas encore définitivement formaté.
La troisième catégorie, celle dont j’appréhendais les réactions primaires, a bien entendu été aussi au rendez-vous. Elle renferme les féministes purs et durs, incapable de s’extraire de leurs œillères idéologiques. J’ai subi les foudres de plusieurs d’entre eux. Des hommes pour la plupart, ce qui est amusant car on sent bien qu’ils ont besoin de montrer patte blanche en étant encore plus intégristes que les femmes. Je ne reviendrai pas ici en détail sur leurs propos qui m’ont dépeint comme un masculiniste cynique n’ayant qu’un seul objectif : maintenir les femmes sous le joug de la domination masculine et essayer de renverser la réalité en faisant croire que ce ne sont pas les femmes qui sont victimes de la violence masculine, mais l’inverse (ce qui n’a bien entendu jamais été mon propos). Les procédés utilisés par ces lecteurs (qui n’avaient d’ailleurs pour la plupart pas jugé utile de lire mon livre puisque ma condamnation était actée d’avance) relevaient essentiellement de l’insulte et du procès d’intention. On se contentait de me faire dire ce que je n’avais pas dit pour mieux me condamner ensuite (affirmer que la place des femmes est au foyer par exemple).

Pierre Martin : J’aimerais savoir comment, en dehors de vos ouvrages, vous menez au quotidien votre combat (car c’est malheureusement un combat.) en faveur de rapports enfin plus apaisés et plus harmonieux entre les hommes et les femmes. Est-ce que par exemple vous participez à telle ou telle forme d’engagement, voire de militantisme, et, si oui, laquelle/lesquelles ? Est-ce que vous appartenez à telle ou telle association, est-ce que vous envisagez telle action militante ou civique – en dehors de l’intelligence même de vos rapports professionnels et personnels au quotidien avec les personnes que vous côtoyez, qui est aussi une forme d’action...

Stéphane Beau : Toute la question est là, en effet. Comment faire entendre cette voix dans un contexte sociétal qui n’a pas envie de l’entendre ? Vous parlez de combat. Je voudrais m’arrêter sur ce mot car il symbolise à lui seul presque tout le nœud du problème. Je suis convaincu du fait que, pour sortir du dualisme intellectuel imposé par l’idéologie féministe contemporaine, il faut pouvoir refonder les bases d’un vrai débat. Et le débat, dans mon esprit, c’est l’inverse du combat.
Quand on combat, on ne débat plus, car pour débattre il faut au préalable déposer les armes. Sauf que, dans le cas présent, pour imposer le débat, il faudrait d’abord passer par la case « combat », c’est-à-dire, dans une logique offensive de dénonciation du modèle féministe dominant. Ce que les féministes adorent car cette opposition s’intègre parfaitement à leur vision dualiste des choses : entretenir le combat pour museler le débat, cela leur convient très bien. La marge de manœuvre qui est la nôtre dans ce contexte apparaît donc très étroite et les deux bornes de l’action sont claires : soit on privilégie la voix de la raison et du débat et on a toutes les chances de rester inaudible, soit on s’inscrit clairement dans le combat et on retombe dans le dualisme de la pensée féministe.
Vous posez la question du militantisme et de l’engagement et vous avez raison de le faire. C’est une question qui n’est pas simple pour moi, pour deux raisons.
La première, est très terre-à-terre : pour militer, s’engager, faire partie d’une association, il faut avoir du temps, et j’en manque cruellement. Mon emploi, ma famille, mes diverses activités éditoriales, tout cela m’occupe déjà énormément. Sans parler des mille autres projets qui s’agitent sans fin dans ma tête et qui ne verront jamais le jour. Je passe ma vie à renoncer à des projets. M’engager de manière encore plus active dans la dénonciation du modèle féministe qui sévit actuellement m’obligerait inévitablement à faire d’autres sacrifices. Ce n’est pas forcément exclu, mais ce n’est pas simple. Et il faut que le jeu en vaille la chandelle.
La seconde raison qui explique mon manque d’empressement à défendre plus activement mes idées sur la question des souffrances masculines et des dérives du féminisme, c’est que je n’ai pas l’âme d’un militant. Pour militer, il faut avoir des convictions et je suis avant tout un être qui doute. J’aime les questions plus que les réponses, les interrogations plus que les conclusions. Disons que le militant, pour forcer le trait, n’est pas programmé pour réfléchir : il lui est demandé d’obéir aux mots d’ordres du mouvement et faire taire en lui toute velléité de pensée non conforme. J’ai de ce fait toujours eu peur qu’en me mettant à militer pour la cause des hommes ou pour un féminisme éclairé, je finisse par sombrer moi aussi dans les, travers que je dénonce. Pour le moment, ce sont des questionnements auxquels je n’ai pas encore apporté de réponses pleinement satisfaisantes en ce qui me concerne.

Pierre Martin : Plus concrètement encore, j’ai vu que vous étiez en rapports avec Patrick Guillot (puisqu’il a préfacé votre livre), mais êtes-vous également en relations avec, par exemple, Élisabeth Badinter, Marcela Iacub, Peggy Sastre, Natacha Polony (dont j’ai beaucoup aimé l’ouvrage intitulé L’homme est l’avenir de la femme), avec Catherine Marx (auteure de Moralopolis, roman d’anticipation à mon avis remarquable), avec John Goetelen, auteur des essais intitulés La femme est-elle vraiment l’avenir de l’homme ? et Feminista ras-le-bol, avec Vincent Dussol, auteur de La domination féminine, avec Stéphane Clerget, auteur du récent essai intitulé Nos garçons en danger, ou encore avec Élisabeth Lévy, qui a récemment mis le thème de « La terreur féministe » en couverture de son magazine Causeur ? Et si oui, avez-vous envisagé des actions communes avec ces personnes ? Car il me semble qu’en l’état actuel des choses, les initiatives éclairantes comme celle que vous avez prise en écrivant Hommes en souffrance sont le fait d’individus, et restent donc quelque peu « éparpillées », dispersées, isolées, alors qu’elles gagneraient sans doute énormément à être au contraire coordonnées (à cet égard, le site womenagainstfeminism est peut-être une esquisse d’initiative intéressante ? Ou encore les vidéos remarquablement factuelles et pédagogiques de Warren Farrel, auteur de l’essai intitulé The myth of male domination ?). Qu’en pensez-vous ?

Stéphane Beau : Je tiens ici à apporter une précision importante : ma réflexion sur les souffrances masculines n’est pas le fruit d’un vécu douloureux de ma, part. Je n’ai pas de comptes à régler avec des femmes en particulier ou avec les femmes en général. Je n’ai pas de problèmes sur le plan parental. Mon livre est né un peu par hasard, suite à une accumulation de constats, majoritairement professionnels, qui s’est faite de manière quasi inconsciente. Il est plus à appréhender dans une logique de « coup de gueule » que comme un ouvrage prétendument scientifique ou exhaustif sur la question. Je m’étais avant cela très peu intéressé à la question du féminisme et à la guerre des sexes. J’avoue même que mes lectures sur ce thème demeurent encore aujourd’hui toujours minoritaires (tout comme mon essai sur les Hommes en souffrance reste minoritaire, comme genre littéraire, dans ma bibliographie). Mon projet, au départ, n’était d’ailleurs pas tant de dénoncer les travers du féminisme, que de pointer le doigt sur une des multiples zones d’ombre de la pensée contemporaine. Je n’ai ni la prétention, ni l’intention de devenir un théoricien de la souffrance masculine et de la place des hommes dans la société. J’ai plutôt envisagé mon livre dans une optique de témoignage, d’éclairage, sans élaborer d’ambitions plus élevées que cela.
Partant de là, je n’ai pas particulièrement cherché à m’intégrer (concrètement ou symboliquement) dans une forme de communauté de penseurs et de penseuses dont j’ai d’ailleurs la plupart du temps découvert les travaux après coup, travaux qui m’ont rassuré sur le fait que mes constats et mes conclusions n’étaient pas totalement absurdes.
Rassembler un peu tous les fils de ces pensées diverses et éparses, cela pourrait sans doute constituer un bon moyen de dépasser ce dualisme que je récusais plus haut. Pour être pleinement honnête, je dois dire que j’avais d’ailleurs songé à le faire, un moment, en créant une sorte de webzine susceptible de servir de plateforme de réflexion sur cette question du féminisme contemporain. Mais faute de temps et d’énergie, je n’y avais pas donné de suite. J’avais pourtant commencé à rédiger une sorte d’édito que je glisse ci-dessous, pour information :

Difficile d’y voir clair dans les débats portant sur la question de l’égalité – ou des inégalités – entre hommes et les femmes, les positions extrêmes – pour ne pas dire « extrémistes » – ayant enfermé le sujet dans des oppositions qui ne laissent que peu de place à la raison et à la réflexion. Il suffit de se plonger dans la masse de ce qui s’écrit, sur support papier ou sur le net, pour constater que pour l’essentiel la discussion se limite la plupart du temps à des échanges d’insultes, d’invectives et de condamnations réciproques entre les féministes d’une part, et cette nébuleuse que certain(e)s nomment les « masculinistes ».
D’un côté les féministes, refusant généralement toute perspective non parfaitement conforme à leurs principes. De l’autre, ces fameux « masculinistes », dont on nous rebat les oreilles depuis quelques temps, même si on a un peu de mal à savoir qui ils sont et ce qu’ils veulent exactement. D’autant qu’ils sont bien souvent définis « par défaut », en creux, plus par les féministes qui les dénoncent, que par des hommes qui revendiqueraient clairement cette appellation. À tel point qu’aujourd’hui, si l’on en croit certains écrits féministes, tout homme qui estimerait que la condition masculine n’est pas si enviable que cela et qui émettrait un positionnement quelque peu critique à l’égard du féminisme, serait susceptible d’être assimilé à un effroyable « masculiniste », au même titre que d’autres hommes niant ouvertement la réalité des violences faites aux femmes ou estimant que la place de ces dernières est définitivement au foyer.
Nous partons ici du principe que la souffrance n’a pas de sexe, tout comme le mal-être, la perte de repère, le sentiment de ne pas se sentir respecté en tant qu’individu. Il ne s’agira donc pas, dans les pages de ce webzine de nier, de quelque manière que ce soit, les inégalités ressenties et exprimées par qui que ce soit. Nous souhaitons sortir de ce cercle vicieux, entretenu par les féministes et les masculinistes les plus extrêmes qui estiment que le moyen le plus légitime de défendre leur cause consiste à dénigrer celle de leur adversaire. Pas question, donc, ici, de remettre en cause la réalité des violences faites aux femmes ou de minorer la gravité du viol par exemple : nous soutenons tous les combats visant à favoriser les rééquilibrages d’égalité entre les femmes et les hommes.
Certes, ce webzine annonce clairement son souhait de se pencher plus spécifiquement sur la condition masculine. Pas parce qu’elle serait supérieure ou plus importante, mais parce qu’il nous semble qu’aujourd’hui, elle reste le parent pauvre du débat sur les rapports de sexes. Nous pensons même que la réflexion sur la cause des hommes, sur leurs conditions de vie, leurs souffrances, les contradictions dans lesquelles ils peuvent se retrouver piégés, demeure encore quasiment taboue.
L’objectif de ce webzine n’est pas de rajouter de la polémique à la polémique, du manichéisme au manichéisme, mais bien de chercher à mieux comprendre tout ce qui se joue comme enjeux et comme incompréhensions sur la question du rapport homme/femme. Nous privilégierons par conséquent les textes apportant des points de vue argumentés, réfléchis et non militants. Ce qui ne nous empêchera pas de manier l'humour et le second degré de temps en temps !
En espérant que cet espace deviendra au fil du temps un point de rencontre pour toutes celles et tous ceux qui souhaitent échanger sereinement et sans haine sur la question du rapport entre les hommes et les femmes.
Ce site s'étoffera peu à peu. N'hésitez pas à revenir régulièrement nous voir !

Pierre Martin : Le regard actuellement porté sur les relations hommes/femmes me paraît si désespérant que je crois effectivement nécessaire d’engager concrètement une démarche civique dont le but premier serait tout simplement d’éclairer enfin de manière équilibrée et solide les hommes et les femmes de notre pays sur la réalité de ces relations. D’autant que j’ai l’intime conviction que, si les femmes de notre époque étaient enfin informées sérieusement sur tous ces points, un certain nombre d’entre elles au moins renonceraient à cette agressivité grotesque qui pourrit tant de relations entre un homme et une femme. Comment donner enfin une visibilité publique à ces réalités qui restent scandaleusement méconnues ? La constitution d’un « mouvement » lancé par exemple par vous-même et/ou les personnes que j’ai citées ci-dessus peut-elle être envisagée ? Je ne sais pas, mais je suis en tout cas tout disposé à contribuer d’une manière ou d’une autre, à ma très mince place, à cette prise de conscience collective.

Stéphane Beau : La question a le mérite d’être posée et la proposition est pertinente et tentante. Peut-être cet échange marquera-t-il le début de quelque chose, qui sait. Il suffit parfois d’un simple déclic pour mettre en branle un processus qui se développait tranquillement dans la pénombre et qui n’attendait que cela pour se mettre en mouvement. Dans tous les cas, quel que soit le projet qui pourra naître, ma ligne de conduite restera la même : demeurer dans l’observation, l’analyse, le décorticage des idées et nullement dans la condamnation, le combat ou l’enfermement dans des carcans idéologiques étriqués. Si un discours plus concerté, plus organisé, moins « éparpillé » pour reprendre votre terme doit se constituer il devra se faire en acceptant les principes de base du débat : écoute de l’autre, respect de ses opinions, capacité à remettre ses idées en question et à reconnaître si besoin ses erreurs ou ses approximation, bannissement des insultes et des attaques ad hominen (ou ad feminem !!!). Si quelque chose doit éclore de tout cela, je tiens en effet à ce que ça ressemble plus à un laboratoire qu’à une arène ou à une foire d’empoigne.


Fin de la première partie.
 

mercredi 31 août 2016

CACATHECHISME...

La religion est partout, y a plus moyen de lutter. 
Cet été, même les toilettes publiques avaient des allures d'églises...


En même temps, ne sont-ce pas des lieux idéaux pour transmettre des messages de pets... 
Heu de paix, pardon !


mardi 26 juillet 2016

LA CONFRÉRIE DES CINQ...

A paraître en septembre, un roman jeunesse aux éditions du Petit Pavé : La Confrérie des Cinq.

4ème de couverture : Vingt ans après, la « Confrérie des Cinq » est de retour. Les enfants intrépides qui la composaient sont devenus des adultes, mais leur amitié est toujours aussi forte quand il s’agit de faire face au danger. 
Retrouvez Anita, Mikael, Francis, Fred et son fidèle Charlemagne, dans de nouvelles palpitantes aventures qui vous entraîneront des brumes de la Bretagne à la chaleur tropicale de l’Afrique. 

Toute ressemblance avec une collection littéraire célèbre mettant en scène cinq attachants héros – dont un chien – est bien entendu à entendre comme un sincère hommage à cette magnifique série, et comme une dette d’enfance qu’il m’importait de solder !
S.B.

Dilettante et papivore, Stéphane Beau est né à Nantes en 1968. Il a été responsable des éditions associatives « Le Grognard », et a publié une dizaine livres dont deux romans aux éditions du Petit Pavé : Le Coffret, à l’aube de la dictature universelle (2009) et Les En dehors (2011)


LES XIII TRAVAUX D'HER.CULE...


À paraître en septembre, Les XIII travaux d’Her.cule, aux éditions Histoires à partager.
 
Il s'agit d'une relecture du mythe d’Hercule au travers des pérégrinations d’Hervé Cule (dit Her.cule), jeune écorché vif en rupture scolaire, à la recherche du bonheur et du sens de sa vie.
 
Après avoir été renvoyé de son lycée, il  échoue dans un parc animalier où, d’aventures en aventures, et de travaux en travaux, il va finir par devenir lui-même.
 
Le livre a été spécialement conçu pour un public ayant des difficultés avec la lecture (dyslexie).
 
Les illustrations sont signées Trégis.

 

mardi 7 juin 2016

ARBRES COMPLEMENTAIRES A TRENTEMOULT...

Bénédicte Guillou et Yves Privé défendront les couleurs de nos Arbres Complémentaires à l'occasion de la 6ème édition du parcours des créateurs (Rezé Trentemoult, 44)
 
Vous pourrez les trouver au 11 rue Boju (numéro 60 sur le plan du parcours), les 10, 11 et 12 juin.
 
Tous les détails de cette manifestation ICI.

lundi 6 juin 2016

ALLONS Z'ENFANTS...

Après Les Enfants Jéromine de Wiechert, je découvre qu'un autre de mes auteurs préférés (et lui aussi trop injustement oublié) vient de connaître les joies de la réédition.
 
Les éditions Le Dilettante viennent en effet de redonner vie à Allons z'enfants d'Yves Gibeau.
 
Livre magnifique. Peut-être pas celui que je préfère de Gibeau (j'ai une faiblesse pour ...Et la fête continue), mais livre incontournable néanmoins. Ne serait-ce que pour se donner envie de lire (ou relire) aussi les autres ouvrages de ce touchant auteur, solitaire et humaniste, hanté par la grande guerre et la bêtise humaine.

DECOURAGEMENT...

Avec l'équipe du salon Curiosus, nous avons travaillé des heures et des heures pour essayer de donner vie , fin mai, à un beau salon du livre nantais réunissant des éditeurs passionnés, proposant des spectacles (sur Ferré...), des conférences (sur Blanqui...).
 
Tout ça pour attirer un public qu'on peut en toute honnêteté qualifier de "modeste".
 
Et pendant ce temps-là, une jeune "youtubeuse" (nouveau mot que j'ai appris il y a peu) rassemblait avec son livre, Andy raconte Princesse 2.0, en un seul après-midi de dédicace, au centre Leclerc voisin, sans difficulté, le double ou le triple de nos visiteurs.
 
On peut en penser ce qu'on veut, mais les faits sont là : ceux qui rament à contre-courant vogueront toujours moins vite que ceux qui se laissent porter par les flots...
 
Et certains jours, on se demande pourquoi on rame...