mardi 10 janvier 2017

SYMBOLIQUE SAUVAGE...


Difficile de ne pas revenir ici sur « l’affaire » Jacqueline Sauvage dont tout le monde s’accorde à dire qu’elle est « symbolique ». Mais symbolique de quoi ? De la lutte contre les violences conjugales nous expliquent les féministes et tous ceux qui, nostalgiques de la bonne vieille morale hollywoodienne où les gentils-y-sont-trop-gentils et les méchants-y-sont trop méchants, leur emboîtent le pas sans états d’âme. Certes, il y a, en toile de fond de cette sordide histoire, des accusations de violences conjugales, de violences sexuelles sur mineurs ; certes, cela doit nous amener à nous interroger : comment de telles horreurs ont-elles pu se dérouler pendant tant d’années et s’achever de la sorte sans que personne ne parvienne à un moment ou à un autre à dévier l’inexorable déroulé des faits ? Les féministes ont beau jeu de condamner la société complice, la justice aveugle, les violences masculines sur lesquelles tout le monde ferme les yeux, les stéréotypes sexistes. Oui, sans doute, tout cela peut servir à créer de très jolis slogans, mais après ? Critiquer le système, d’accord, mais à condition de ne pas oublier que nous faisons toutes et tous partie dudit système.

Je sais par exemple, pour avoir travaillé suffisamment longtemps sur le terrain du social, que Jacqueline Sauvage est exactement le genre de femme que les associations de type Solidarité Femmes n’auraient pas aidées du temps où elle était en couple, même si elles avaient alors connu son existence. D’ailleurs, jusqu’à preuve du contraire, elles ne l’ont pas fait. Elles ne se sont intéressées à elle qu’après qu’elle ait tué son mari. 

J’en ai rencontré quelques-unes des Jacqueline Sauvage dans ma carrière, c'est-à-dire des femmes qui, effectivement, étaient engluées dans des problématiques complexes, que l’on peut qualifier « d’emprise » si l’on veut, et que j’essayais d’orienter vers Solidarité Femmes. La réponse était en général la même : pas question d’aller au-devant d’elle tant qu’elle ne sera pas prête à admettre qu’elle subit cette emprise. 

Je me souviens notamment d’une situation où les menaces de mort étaient réelles, sur une jeune femme et son bébé. Nous avions réussi à convaincre (plus ou moins) cette femme de venir avec nous à une permanence de Solidarité Femmes (il avait fallu batailler pour obtenir un rendez-vous puisqu’il n’était pas demandé directement par l’intéressée). Sur place, l’entretien avait mis en évidence, en effet, l’ambivalence classique de la victime qui ne voulait pas priver le père de son enfant, qui ne savait pas où aller et qui, de toute manière, n’était pas prête à quitter « physiquement » son conjoint. N’empêche : elle était effectivement en grand danger et, du point de vue de la protection de l’enfance, il était clair que ni elle ni monsieur n’étaient en mesure d’assurer la sécurité du bébé. La réponse de Solidarité Femmes avait été sans appel : nous serons là quand vous serez prête. En attendant, rentrez chez vous. Et l’enfant ? Nous avions expliqué que, de notre côté, notre mission de protection de l’enfance nous empêchait de rester ainsi à attendre les bras croisés et que nous étions dans l’obligation de faire remonter nos inquiétudes. 

Cela avait entrainé, dans les jours qui avaient suivi, un coup de fil rageur de Solidarité femmes à notre hiérarchie pour condamner notre acharnement contre cette pauvre femme qui, déjà enfermée dans une spirale d’emprise, ne pouvait que douloureusement vivre notre volonté de prendre des décisions pour elle, malgré elle, en la culpabilisant encore plus en pointant ses défaillances maternelles. En agissant ainsi, non seulement nous ne l’aidions pas, mais nous participions à la mettre en difficulté. Nous risquions de la renfermer encore plus dans sa problématique. Bref, nous étions maltraitants... Bon… De leur côté, les gendarmes étaient intervenus une fois ou deux, sans pouvoir faire grand-chose de plus. Et nous en étions restés là. L’information préoccupante concernant l’enfant n’a jamais été finalisée et la jeune femme a finalement cessé de donner de ses nouvelles. A priori, elle vit encore. Son fils aussi. Ce n’est pas grâce à nous en tout cas. Mais pas grâce à Solidarité Femmes non plus. 

Cette situation-là, je l’avoue, m’est toujours restée en travers de la gorge. Parce que j’ai conservé le sentiment amer que, sur le plan du service social, nous n’avions pas été bons : nous n’avions pas su protéger cette femme et son bébé. Mais l’échec était global et Solidarité Femmes en portait une part de responsabilité non négligeable. C’est ce qui explique qu’aujourd’hui, je ne peux que bondir quand je vois cette association et toutes les bonnes âmes qui naviguent dans les mêmes eaux, jouer les chevaliers blancs (ou les chevalières blanches) en critiquant des dysfonctionnant qu’elles ont clairement participé – et participent encore – à entretenir.

Tous ces souvenirs me reviennent forcément en mémoire quand je vois comment ces mêmes associations qui nous avaient reproché d’avoir voulu aider cette jeune femme « malgré elle », se sont ruées comme des charognards sur le « symbole Sauvage ». Car là, pour le coup, aucun des bruyants soutiens de la meurtrière ne s’est soucié de savoir si en récupérant ainsi son histoire pour justifier leur combat ils ne reproduisaient pas, eux aussi, une autre forme de cette fameuse « emprise », qu’ils pourfendent par ailleurs sans relâche. Car voilà une femme qui, à en croire ce qu'on nous raconte, a toujours vécu sous le joug de son mari et du pouvoir qu’il exerçait sur elle. Voilà une femme qui n’a jamais été maîtresse de sa vie, qui n’a jamais été responsable de rien puisqu’elle a toujours tout subi. La seule fois dans sa vie où elle a pris une vraie décision, selon ses défenseurs, ce serait le jour où elle a décidé de tirer ses trois balles libératrices dans le dos de son conjoint. Et partant de là, que font ces mêmes défenseurs ? Tout pour que même cette responsabilité-là Jacqueline Sauvage ne puisse pas l’assumer. Quoi d'étonnant alors à ce qu'aussitôt libérée elle vienne clamer sur le plateau d'un JT de 20h qu'elle ne se sent « pas coupable du tout » du meutre de son mari ?

On a beaucoup médit de la décision de la justice qui reprochait à Jacqueline Sauvage de ne pas prendre assez conscience de la gravité de ses actes et de sa responsabilité dans le meurtre. On a essayé de faire passer cette décision pour honteuse alors qu’elle était au contraire respectable et pleinement humaine : elle permettait à Jacqueline Sauvage d’être enfin considérée comme un individu à part entière, digne de ce nom, et de ce fait, digne d’être considérée comme pouvant être responsable de ses actes. Mais de cette dignité, les féministes et tous ceux qui se sont rattachés par lâcheté ou bêtise à leur cause, ont tout fait pour l'en priver. Car ils n’ont pas besoin d’une Jacqueline Sauvage responsable, ils ont besoin d’un pantin qu’ils peuvent agiter à la face des badauds pour illustrer leurs thèses. Ce qui ne les empêchent pas de donner des leçons d’humanité à tour de bras et sans aucun scrupule, sans jamais avoir l’honnêteté de se demander, là encore, où ils étaient les années précédant le meurtre, quand Jacqueline Sauvage n’était encore pour eux qu’une mauvaise cliente, pas encore assez mûre pour admettre qu’elle était sous emprise ? Toute cette crasse opportuniste me dégoûte. 

Jacqueline Sauvage, un symbole donc ? Mais je repose ma question du début : un symbole de quoi ? J’entendais l’autre jour un journaliste, à la radio, faire un parallèle entre l’affaire Sauvage et l’affaire Dreyfus. Rien que ça ! Pourtant, il n’a peut-être pas tort, sinon sur le fond, du moins sur la forme. Car la grâce présidentielle accordée à Jacqueline Sauvage marque effectivement le symbole d’un important tournant sociétal : celui du moment où le féminisme aura définitivement versé du mauvais côté et où sa dimension aliénante aura pris le pas sur sa volonté émancipatrice. 

Un tournant, oui. Car jusqu’à ce jour, le féminisme pouvait encore prétendre se retrancher derrière ce beau slogan clamant que « le féminisme ne tue pas ». Aujourd’hui, ce n’est plus possible. Certes, il ne tue pas (encore), mais il légitime le meurtre des hommes, quitte à disqualifier pour cela les décisions de justice qui ont encore la bêtise rétrograde de s’appuyer sur le Code pénal plutôt que sur le « Code Féministe ». 

Je me souviens des féministes qui avaient hurlé au scandale, il y a quelques années, lorsque Serge Charnay, au pied de sa grue jaune, avait dénoncé une « justice de bonnes femmes » hostile aux pères. À l’époque, ses détracteurs avaient défendu bec et ongle les juges qui, quel que soit leur sexe, dans des conditions difficiles, faisaient leur travail avec sérieux et impartialité. Et aujourd’hui, ce sont les mêmes qui tapent sur les juges et la justice « patriarcale » sans aucun état d'âme.

La cohérence dans tout ça ? Ne cherchez pas, il n’y en a plus.

lundi 9 janvier 2017

LA LEÇON DU CALEÇON...


Le 5 janvier 2017, Axelle Lemaire, secrétaire d’État chargée du numérique s’est amusée, lors d’un salon de l’innovation technologique à Las vegas, à enfiler un caleçon sur la tête d’un responsable de start-up proposant un « slip anti-ondes ». Axelle Lemaire qui a apparemment trouvé sa trouvaille très drôle a expliqué : « Le cerveau, c’est important aussi », avant de compléter : « Je sais que chez les hommes c’est moins important que d’autres parties... » 

Bon tempèrerez-vous, tout le monde a le droit de faire ou de dire des conneries. Certes, mais celle-ci possède un petit parfum singulier – et pas uniquement parce qu’il y est question de caleçon ! Car nous avons affaire à un membre du gouvernement qui ne laisse jamais passer une occasion de condamner le « sexisme » ordinaire : comprenez celui qui touche les femmes. On l’a par exemple vue il y a quelques mois s’élever contre Bruno Le Maire à qui on avait attribué à tort une remarque sur « nos femmes » (alors qu’il avait dit « les femmes »). Elle ne se prive par ailleurs pas de dénoncer dès qu’elle le peut le sexisme généralisé du monde politique, la trop faible représentation des femmes dans les partis, ou, dans le domaine qui est le sien, d'affirmer son souhait de valoriser « la production de jeux vidéo qui promeuvent l'égalité entre hommes et femmes, en traitant par exemple spécifiquement et sérieusement de sujets liés au sexisme et à la violence envers les femmes ». Tout ceci est très noble.

Mais c’est justement en cela que cet épisode du caleçon est intéressant et symptomatique car il témoigne bien de l'inquiétante dérive de ce féminisme de plus en plus décomplexé dont nous sommes aujourd’hui témoins. Car Axelle Lemaire, comme une grande majorité des féministes, a tellement bien intégré que le sexisme touche exclusivement les femmes qu’elle n’est même plus consciente de celui qu’elle peut générer à l’égard des hommes. Cette anecdote nous prouve bien que les féministes contemporains, ne luttent plus contre le sexisme ou les inégalités à proprement parler, mais bien contre l’homme. Si ce n’était pas le cas, Axelle Lemaire n’aurait même pas songé à commettre le geste qu’elle a commis. Le sens du respect l’en aurait empêché. Mais respecter un homme ? Cela n’a plus cours ma bonne dame ! 

La preuve ? Ce geste d’Axelle Lemaire (qui, à ma connaissance, n’a formulé depuis aucun mea culpa) n’a quasiment bénéficié d’aucun écho dans la presse alors qu’on sait à quel point cette dernière est ordinairement friande de ce type de « dérapages ». Seuls deux ou trois sites secondaires ont évoqué rapidement l’information. La plupart du temps en la minimisant : Challenge.fr parle d’une « blague osée » par exemple. Seul Actu.orange.fr ose utiliser le terme de « sexisme ». 

Imaginez seulement si les rôles avaient été inversés, si un ministre homme avait enfilé un string ou une petite culotte sur la tête d’une femme en laissant entendre que c’est dans ce bout de tissu qu’elle range habituellement son cerveau. Vous auriez vu le tollé. Et je peux vous assurer qu’on n’aurait pas seulement parlé de « blague osé », mais bien plus sûrement d’agression. Et à juste titre probablement. 

Seulement ce qui vaut pour les femmes devrait aussi valoir pour les hommes. On aurait aimé ici voir les associations féministes, les journalistes, les célébrités et autres hérauts zélés de l’égalité des sexes monter aux créneaux comme ils savent si bien le faire dès qu’un homme dit une ânerie (Michel Sapin, Bruno Le Maire, Philippe Le Ray…). Mais cette fois-ci, leur silence est demeuré total. 

Limite assourdissant.

jeudi 29 décembre 2016

DEMONTAGE OR NOT DEMONTAGE ?


Comment parler de la misandrie aujourd’hui ? La réponse récente d’un éditeur auquel j’avais proposé une version remaniée de plusieurs articles publiés ici, m’amène à me replonger dans mes cogitations sur ce sujet. 

Voici la lettre : 

Cher Monsieur, 

Merci pour ce manuscrit dont nous avons pris connaissance avec intérêt.

Si nous avons été sensibles à la qualité de votre argumentation et à une écriture fluide et plaisante, nous avons regretté le choix que vous avez fait d’aborder ce thème de l’égalité homme/femme par le biais du démontage – certes argumenté – d’un certain nombre d’arguments mis en avant et développés les tenants de cette fameuse « domination masculine ». En effet, sur un sujet aussi important et passionnant que celui-ci, il nous a semblé que c’était un peu – pardonnez-nous l’expression, nous n’y mettons aucune connotation désagréable – aborder le sujet « par le petit bout de la lorgnette » : en réalité, ces mêmes débatteurs peuvent bien tenir des propos que l’on estime tendancieux ou déformer la réalité ou des sources caviardées à dessein, voire se montrer manipulateurs, finalement est-il plus important de montrer l’inanité ou la malhonnêteté de ces arguments, ou de démontrer positivement l’équilibre existant ou de caractériser le déséquilibre (s’il y a déséquilibre), avec les réflexions qui vont avec pour améliorer les choses ?

Vous le comprenez, nous aurions préféré que vous abordiez le sujet par ce biais de démonstration positive, plutôt que par une démonstration par la réfutation d’arguments que vous rejetez et qui tend à donner davantage de visibilité à la polémique qu’au fond du sujet.

De ce fait, nous n’avons pas trouvé dans votre ouvrage certains éléments d’adhésion qui sont pour nous nécessaires lorsque nous décidons de nous engager, au côté d’un auteur, dans la promotion d’un titre.

Cet avis bien sûr n’engage que nous, et nous nous permettons de vous souhaiter de trouver un éditeur chez qui votre texte sera mieux servi et mis en valeur que chez nous. 

Bien cordialement. 

Il ne s’agit pas ici, pour moi, de discuter le choix de l’éditeur que je respecte totalement. Je me permets seulement de mettre à profit ses propos, caractéristiques d’une forme de « vérité ambiante », pour approfondir ma réflexion. 

Le reproche de l’éditeur est clair : dans mon manuscrit, j’ai préféré « le biais du démontage » au « biais de la démonstration positive ». Et il se demande si mon approche ne prend pas, dès le départ, appui sur un mauvais point de vue : celui du « petit bout de la lorgnette ». 

Notons au passage que cette expression est intéressante car elle laisse sous-entendre que cette lorgnette de « l’égalité homme/femme » possèderait deux bouts : le petit, négatif, celui du « démontage » et le grand, celui de la « démonstration positive ». 

Pourquoi pas. Sur le fond, j’approuve plutôt cette analyse : bien sûr que le positif vaut mieux que le négatif, la construction que le démontage… Mais concrètement, comment faisons-nous pour dépasser ce joli postulat ? Comment élaborer une pensée positive sans déconstruire au préalable les stéréotypes qui rendent cette élaboration problématique ? Ce constat s’impose d’ailleurs dans les mêmes termes aux féministes qui, depuis des lustres, pratiquent le « démontage » de la « domination masculine » sans aucun scrupule et sans que l’on songe d’ailleurs à le leur reprocher. De la dénonciation de l’hégémonie des hommes et des violences qu’ils commettent, à la déconstruction des stéréotypes favorables aux mâles, des inégalités entretenues par ceux-ci, en passant par la mise en accusation du « masculinisme », tout le discours féministe repose lui aussi sur un principe généralisé de « démontage ». Mais qui le dénonce ? Personne. Au contraire, on féliciterait même plutôt les féministes pour avoir su élever le « démontage » au statut de « démonstration positive » et d’avoir su imposer le combat au débat. 

Autrement dit, lorsque les féministes dénoncent les stéréotypes masculins, c'est du « démontage positif », mais lorsqu’on prétend attirer l’attention sur les stéréotypes générés ou entretenus par le féminisme, on tombe dans le « démontage négatif » ? Mais pourquoi ce qui vaut pour les uns ne vaut pas pour les autres ? Comment expliquer cette contradiction sinon comme la preuve que la pensée féministe et misandre est devenue aujourd’hui tellement dominante que, petit bout de la lorgnette ou non, on ne parvient presque plus à en percevoir l’emprise ? Et comment peut-on lutter contre cette pensée dominante si le simple fait de mettre en pleine lumière ses incohérences les plus criantes est aussitôt rabaissé au rang de « démontage non constructif » ? That is the question, comme disait l’autre… 

*
 
J’aimerais bien ne plus avoir à être dans le « démontage » mais m’en laisse-t-on vraiment le choix aujourd’hui ? Pas un jour ou presque sans que l’actualité ne témoigne d’un nouvel assaut anti-homme. Vous ne me croyez pas, peut-être et je ne vous en veux pas car on vous a appris à ne même plus les remarquer. Même quand on vous les pose sous le nez, vous ne les voyez pas. Vous voulez des exemples ? D’accord en voici deux, tirés de l’actualité récente. 

Le premier provient d’un tract d’Alternative Libertaire sur lequel je suis tombé par hasard l’autre jour dans la rue. Le titre, « Battue, humiliée, violée, la peur va changer de camp », précède une invitation à manifester contre « les violences masculines ». L’argumentaire de cette manifestation (non mixte, bien entendu) : « Toutes les femmes ont le droit d’exister sans avoir peur, quel que soit leur couleur de peau, leur orientation sexuelle ou leurs vêtements. Face aux violences masculines, pas de concessions ! Solidarité entre toutes les femmes ». 

Rien ne vous choque là-dedans ? C’est possible. La banalisation de l’équation « violence = masculin » est telle que plus grand monde ne s’en offusque. L’idée d’une fracture opposant les hommes et les femmes en deux « camps » ne vous dérange pas non plus ? Moi si. Sans doute parce que je persiste à croire qu’un monde où les hommes et les femmes pourraient avoir des rapports pacifiés et respectueux est encore possible. Quant à cette menace « la peur va changer de camp », comment doit-on l’entendre ? Est-ce que, du simple fait d’être moi-même un homme, blanc et hétérosexuel, je dois commencer à avoir peur ? Et de quoi ? De qui ? Des femmes, solidaires entre elles, qui appartiennent forcément à un autre camp que le mien ?… Tous les féministes dignes de ce nom devraient s’élever contre cette idée d’une peur qui doit changer de camp. Non : la peur doit disparaître. C’est le seul moyen justement pour qu’il n’y ait plus de « camps » qui s’opposent. Prétendre transférer la peur dans l’autre camp, c’est désirer le maintien de la fracture entre hommes et femmes et la persistance de la violence. Violence condamnée quand elle provient des hommes et potentiellement légitime quand elle est féminine. Est-ce cela que veut le féminisme ?  

Second exemple tiré du « Cinquième plan de lutte contre toutes les violences faites aux femmes » où l’on peut lire cette magnifique petite phrase : « Un mari violent n’est pas un bon père ». Là encore, je suis sûr que pour beaucoup de lecteurs, conditionnés par le discours ambiant sur les violences conjugales, cette sentence sonne dorénavant comme une évidence. Et pourtant ces quelques mots, quand on prend le temps de les décortiquer un peu, en disent long sur la misandrie contemporaine. 

Les violences conjugales sont multiples, complexes, j’ai eu des dizaines et des dizaines de fois l’occasion de le constater en tant qu’assistant social. J’ai été confronté à quasiment tous les cas de figures : des maris effectivement violents au sens où les associations de type Solidarité femmes l’entendent habituellement : avec emprise durable, escalade de la violence, volonté de d’écraser l’autre, etc. Mais ces situations sont loin d’être majoritaires. Dans la plupart des cas, la violence est systémique et il est généralement très compliqué de déterminer qui est le plus violent avec l’autre et à qui profite cette violence (la plupart du temps à personne). Certes, les armes utilisées sont différentes : on a souvent tendance à les schématiser en prêtant aux femmes les violences psychologiques et aux hommes les violences physiques, ce qui qui est peut-être exact statistiquement, mais plus discutable dans la réalité des faits ,car le passage de l’une à l’autre de ces violences se fait souvent assez facilement dans les deux sexes. Dans la majorité des cas, parler de « mari violent » ne veut rien dire puisque c’est tout le système qui est violent. Et c’est à ce système violent que les enfants sont confrontés. Je suis parfaitement d’accord pour dire que ces enfants sont des victimes collatérales de ces « violences conjugales ». Mais pourquoi ne devrait-on retenir comme étant dangereuses que les violences commises par les hommes ? Qu’est-ce que cela signifie ? Que si un homme et une femme se distribuent des paires de gifles devant leurs enfants, seules celles données par l’homme seront considérées comme étant suffisamment graves pour questionner sa fonction parentale ? 

Car la femme, elle, bien sûr, ne peut pas être violente (n’oublions pas que la majorité des plaintes pour violences sur enfants adressées aux organismes de veille à l’enfance en danger mettent en cause des femmes) ? Est-ce qu’une femme violente peut être une bonne mère ? Le « Cinquième plan de lutte contre toutes les violences faites aux femmes » ne le précise pas. C’est dommage, mais c’est logique, car cette partie du plan n’a au fond qu’un seul objectif : délégitimer toujours plus l’homme en tant que père et fournir aux femmes les moyens de les écarter de leurs enfants. 

*
 
On peut fermer les yeux sur ces avertissements, faire comme s’ils n’étaient pas graves, mais à force de se multiplier, ils finiront, j’en suis convaincu, par générer des dégâts irréversibles. On commence déjà à en percevoir les premiers tremblements avec « l’affaire » Jacqueline Sauvage qui, sans que personne ne s’en offusque, tend à valider le fait que le meurtre d’un homme peut devenir légitime dans un cadre de violences conjugales. 

Et nous n’en sommes qu’au début…

lundi 12 décembre 2016

AMITIES COMPLAISANTES...


« La plupart des amitiés ne sont guère que des associations de complaisance mutuelle, pour parler de soi avec un autre. »

*
 
« Lorsque l’on discute, il n’y a plus ni supérieur ni inférieur, ni titres, ni âges, ni nom : rien ne compte que la vérité, devant elle tout le monde est égal. »
 
Romain Rolland, Jean-Christophe, L'adolescent.

samedi 10 décembre 2016

LA SUITE DES JOURS...


« Le vaste flot des jours se déroule lentement. Immuables, le jour et la nuit remontent et redescendent, comme le flux et le reflux d’une mer infinie. Les semaines et les mois s’écoulent et recommencent. Et la suite des jours est comme un même jour. »


Romain Rolland, Jean-Christophe - L'aube.

vendredi 9 décembre 2016

XAVIER DE MAISTRE EST DANS PATCHWORK...

A paraître, très prochainement, le numéro 9-10 (hiver 2016/2017) de la belle revue Patchwork orchestrée par Anthony Dufraisse.
 
J'y signe pour ma part un article intitulé : "Xavier de Maistre ou le voyage intérieur".
 
Il vous manque encore, j'en suis certain, quelques cadeaux de Noël à acheter. Dans ce cas, n'hésitez plus : passez commande de ce numéro directement auprès d'Anthony Dufraisse, 13, rue de la république, 95100 ARGENTEUIL.
 
Le sommaire :  

mardi 6 décembre 2016

LES XIII TRAVAUX D'HER.CULE A L’ODYSSÉE...

On parle des XIII travaux d'Her.cule et des éditions Histoires à partager dans l'Hebdo de Sèvre et Maine du 2 décembre 2016.

Installée à Mouzillon, l'association Histoires à partager développe une collection destinée aux personnes qui souffrent de troubles de la lecture. Elle présente, demain, son dernier livre.
Treize ans qu’elle milite pour favoriser l’accès à la littérature des jeunes en difficulté. Depuis 2003, l’association Histoires à partager crée une collection d’albums jeunesse dont la particularité est d’optimiser le confort de lecture.
L’association, basée à Mouzillon, est composée d’orthophonistes, de parents et d’enseignants. Au total, une vingtaine de personnes.
Dans ses livres pour enfants et adolescents, Histoires à partager privilégie le papier mat pour « éviter le miroitement ». Opte pour une écriture courte, un interlignage important et une police plus grosse. « Chaque chapitre est accompagné d’une illustration », explique Muriel Romans.
« L’objectif est de favoriser la compréhension du texte et de contribuer au plaisir de lire », poursuit la Mouzillonnaise, orthophoniste à la retraite.
La collection particulière vise les personnes atteintes de dyslexie, dysphasie, dyspraxie. Bref, celles qui sont concernées par les troubles de la lecture et des apprentissages.
Un public qui se trouve en situation d’échec en raison d’un mot mal compris, d’un contresens. Ces troubles touchent 6 % de la population scolaire. Et 10 % de la population générale. La tâche de l’association consiste donc à travailler le texte de manière à éviter les confusions.
Histoires à partager collabore avec des auteurs et des dessinateurs de la région. L’association se réservant le travail d’adaptation.

Muriel Romans (à droite), orthophoniste et responsable
d'Histoires à partager, viendra présenter le dernier
roman et le travail de l'association à la librairie
de l'Odyssée à Vallet, samedi 3 décembre

Présentation à la librairie de l’Odyssée

La ligne éditoriale est assumée. Histoires à partager utilise les contes traditionnels et les mythes fondateurs (le voyage d’Ulysse, contes de Grimm…).
Le produit de la vente (16 €) est réinvesti dans un nouveau projet. Et vient enrichir la belle collection illustrée forte d’une petite quinzaine d’ouvrages.
L’association qui a reçu des subventions du Département ou de la Fondation d’entreprise BPA (1 500 €) vient de sortir son nouveau livre paru en octobre 2016 : Les XIII travaux d’Hercule, de Stéphane Beau et Trégis, opus inspiré de la mythologie grecque pour adolescents. Un livre que Muriel Romans présentera le samedi 3 décembre à 11 h à la librairie de l’Odyssée à Vallet. La présentation sera suivie d’échanges autour des difficultés d’apprentissage.

mardi 15 novembre 2016

APRES NOUS LE DELUGE...


L’extrait qui suit est issu d’Après nous le déluge, le dernier livre de Peter Sloterdijk. Ouvrage touffu, flamboyant, érudit, qui se penche sur la question de la modernité définie comme une « chute en avant perpétuelle » et qui pose la question de la transmission entre les générations.
 
La pensée que Sloterdijk développe dans cet essai pourra sans doute être lue par quelques mauvais esprits comme une défense réactionnaire de la tradition contre la révolution (notamment la Révolution Française qui symbolise selon lui le mieux le « hiatus » entre l’ancien régime et le nouveau monde). Mais son approche est beaucoup plus subtile que cela. La question qu’il nous pose réellement est, selon moi celle-ci : quelle est la réelle marge de manœuvre pour l’individu contemporain pour s’épanouir librement et honnêtement dans un monde perpétuellement tiraillé entre deux forces : celle qui, tournée vers le passé, refuse toute projection vers l’avant et celle qui, tournée vers le futur, aspire à faire table rase du passé et rêve d’une humanité sans racines, capable de se développer « hors sol ».
Un livre à lire en tout cas.
 
« L’attaque contre les différences héréditaires se paie par le déclenchement d’une compétition permanente pour les meilleures places, entre de nouveaux candidats censés disposer de chances égales, course qui produit inévitablement d’innombrables perdants. Cela peut expliquer l’effet paradoxal, sur le plan de la psychologie sociale, que les sociétés modernes, tout en jouissant d’une richesse sans précédent, d’une redistribution massive et d’une espérance de vie en forte expansion, doivent lutter contre l’assombrissement chronique de leur humeur fondamentale. »

dimanche 13 novembre 2016

DERRIERE LA VITRE...


Pioché dans Derrière la vitre de Robert Merle :
 
" Qu’est-ce qu’une coquette ? Une fille qui n’arrête pas de vous offrir ce qu’elle n’a pas l’intention de vous donner. Et la prude, alors ? Eh bien, disons que c’est la fille qui n’arrête pas de vous refuser ce que vous n’avez pas l’intention de lui demander. "